mythes et fantômes

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Lorsque l’homme lui demanda si elle était intéressée par l’une de ces vieilles carcasses de voiture, Marilou crut qu’il cherchait à lui vendre « Christine » et elle se méfia – son amour pour le cinéma américain lui jouait souvent des tours – Et sur « l’historic route 66« , tout le lui rappelait. Elle ressentait à nouveau avec délice, l’étrange impression de se trouver à l’intérieur d’un film et d’y jouer son propre rôle, sous une autre latitude, sur une autre planète…

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Le mythe n’avait pas faibli. Quelques rescapés d’une époque révolue le maintenaient à bout de bras, offrant du rêve aux nostalgiques de tout bord.

Sur la route désertique, des masures abandonnées s’échappaient les corbeaux. Mais le plus souvent, motels isolés et cafés résistaient, à grand renfort de photos de Marilyn ou James Dean. Et comme si le temps était suspendu, les juke-box jouaient encore et toujours, le rock’ n roll de ces années-là.

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Sur les Harley qui surgissaient parfois dans un nuage poussiéreux, Marilou s’attendait presque à voir débouler Peter Fonda ou Marlon Brando. C’est alors qu’elle pensait à Jimmy, son mythe à elle…

Biquet qui chantait à tue-tête au volant de la Mustang la sortit soudain de sa torpeur. Il s’était engagé sur un tronçon de la Route 66 plus déserte encore, en direction de « Bagdad Café ». Marilou avait lourdement insisté pour effectuer ce pèlerinage car elle y avait une mission à accomplir.

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A peine avait-elle franchi la porte, qu’un sourire édenté l’accueillit et lui demanda si elle voulait bien signer le livre d’or. Ce qu’elle s’empressa de faire. L’homme, long et maigre, crasseux et hirsute, avait du soleil dans les yeux. Il expliqua fièrement que depuis le film, cinq millions de visiteurs étaient passés par « Bagdad Café« .

Les murs étaient couverts de petits mots laissés par chacun, des insignes militaires, des écharpes de football, des billets de banque. Dans un coin, un vieux piano bastringue et sur le comptoir, la fameuse machine à café. Marilou put vérifier que la machine fonctionnait et commanda son mug de « café pipi de chat ». Puis elle prit dans son sac, un stylo et un papier et écrivit :

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Elle est comme ça, Marilou, un peu déjantée, accordant une importance primordiale à une promesse qu’elle s’était faite à elle-même : vérifier que la « coffee-machine » avait été réparée, contrairement à ce que chantait Jevetta Steele.