dis au fennec

Mon cher Tonio,

Cette lettre, je n’aurais jamais voulu te l’envoyer.  Tu sais combien je tenais à venir te voir ; il y a bien longtemps que je t’en ai fait la promesse. Les mois ont passé et pas un seul jour je n’ai cessé de penser à toi et au fennec.

Aujourd’hui c’est trop tard et je n’irai pas à Cap Juby, c’est un fait.

De toutes mes forces j’avais rêvé rejoindre ta haute silhouette au bout de la piste d’aviation. Entendre ton rire moqueur à la vue de mon accoutrement de baroudeuse. Marcher avec toi jusqu’à l’océan, t’écouter me parler de ce temps jadis, quand tu côtoyais les étoiles. Puis gravir la dune et savourer le silence en égrenant le sable dans nos doigts.

Mais le sable est rougi du sang des insoumis et le silence se trouble de leurs cris. L’ombre de la bête s’étend chaque jour un peu plus sur les déserts qui tremblent.

Ils sont devenus fous, tu sais.  On dit même que des enfants de France le sont devenus aussi. Ceux-là ont tout oublié du petit prince. Alors j’ai honte. J’ai honte et j’ai peur, Tonio. 

Ne m’en veux pas, je t’en prie, mais je ne viendrai pas à Cap Juby.

Prends bien soin du fennec et dis-lui que je regrette de ne pas l’avoir rencontré.

fennec 2

rouges d’automne

feuille

Un faisan faisait le paon

au bord de la départementale

menant à la forêt domaniale.

Bientôt suivi d’un second faisan

faisant le paon.

Un joli couple de faisans,

vraiment.

Sur une table de ripailles,

ils seraient très décoratifs.

Garnis de pommes bien rôties,

de quelques cèpes bien choisis.

Une, deux, trois, quatre, cinq, six détonations.

Un bruit d’ailes en émoi jaillit des buissons.

Le coucou s’était tu.

Six coups de fusil pour deux faisans imprudents.

Sur les feuilles rousses, rouge sang.

Une promeneuse rêveuse

se promenait sur le sentier

des noisetiers.

Cheveux roux désordonnés

sur fond rougeoyant de septembre.

On eût dit une esquisse

impressionniste.

Un, deux, trois mâles la guettaient.

Un coup de genoux dans les reins,

la mit face contre terre.

Dans les fourrés ils l’entraînèrent.

Les fusils s’étaient tus.

La peur anéantit la douleur

quand ils la retournèrent

pour planter la lame

droit dans le coeur.

Trois prédateurs pour une proie solitaire.

Rouge sang au goût amer.

***