la clé des dunes

ou le temps qui s’échappe

temps-qui-passe

Le temps presse.

Le temps presse m’indiquent les aiguilles qui s’affolent.

Panique sur Opalie !

J’avais pourtant fermé la porte à clé pour qu’elle ne s’échappe pas mais elle a glissé dessous et s’est volatilisée.

Par tous les Saints du Walk of fame, où est-elle passée ?

« La plage » me chuchote mon intuition.

En courant plus vite que le vent, je la rattraperai !

…du moins je m’en persuadai.

Et me voilà sur le sable mouillé de la dernière pluie, par un petit matin de printemps frileux.

Indifférents à  ma détresse,  le renard philosophe et le goéland unijambiste ont entamé une partie de poker.

A-t-on idée de jouer aux cartes quand le temps vous échappe ?

La mer s’est mise à galoper, le soleil a bousculé la lune et s’est imposé sur l’horizon.

Et moi je reste plantée là, comme une endive, à lui faire de grands signes de la main, espérant un au-revoir, à bientôt, que sais-je…

L’heure d’hiver a pris la clé des dunes.

Elle n’a pas attendu que je lui rende le baiser que je lui avais volé…

un amant pas comme les autres

aube

Des semaines longues comme des siècles s’étaient écoulées. Cette attente la minait jusqu’à la moelle et l’affaiblissait de jour en jour. Elle n’avait plus la force de scruter l’horizon et bientôt la résignation s’insinua.  Il ne lui restait plus qu’à apprivoiser la nuit, question de survie.

Il est courant de croire que les choses arrivent au moment où l’on s’y attend le moins. Et ce fut précisément le cas. Un matin frileux comme tous les matins, à l’instant où le merle se mit à chanter, il ré-apparut.

Insouciant, taquin tel un enfant qui aurait fait une bonne blague, il se glissa jusqu’à elle. La douce chaleur de ses caresses eurent tôt fait de vaincre toute résistance. Emoustillée malgré elle, mue par un désir soudain, sans plus réfléchir elle se dénuda.

Comme par enchantement les rancoeurs avaient disparu, l’interminable attente oubliée. Ils étaient seuls au monde, réunis, enfin. Gourmande et ravie, elle savoura sans remord cette renaissance des sens.

Le temps s’arrêta mais les heures passèrent. Elle aurait voulu le retenir pour l’éternité, prête à toutes concessions. Mais elle sut qu’il repartirait, consciente de l’éphémère et certaine de sa  trahison future. Supplier ne servirait à rien, elle ne maîtrisait pas la situation. L’empreinte sur sa peau serait son unique souvenir.

Le soleil n’étant pas un amant comme les autres, il a l’élégance de couvrir d’or celles qui l’adorent. A la fin du jour il s’éloigna puis s’évanouit dans la mer, comme certains fuient dans le silence.

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cool la life

windsurf Quand, le regard embrumé de plaisirs illicites, les fous de glisse s’élançaient sur la vague. Que le mistral asséchait nos peaux de carton bitumé. Que nos crins blond californien, dégorgeaient de sel.

Nous nous sentions libres comme les oiseaux.

On se lavait dans la mer, au Fa douche citron vert, et l’on se nourrissait de riz et de fruits. Rien n’avait d’importance que la vibration des corps et des esprits.

Nous étions ivres de vent, de soleil, d’adrénaline et de vin gris. La nuit, le jour, se confondaient au gré de nos désirs. Le temps n’existait pas, le monde non plus. La planète tournait sans nous.

Nous n’étions plus des enfants, mais le feu de l’été nous brûlait et nous rendait inconscients. La glisse, les vagues, la route, la musique, nous laissaient fourbus mais heureux.

combi wv

Et quand, nous nous écroulions enfin, les bras en croix sur la couchette du vieux Combi VW. Les étoiles nous souriaient et les songes nous portaient vers un autre futur, si bleu qu’il en était indécent.

C’était l’été 89…et Dire Strait chantait :

ombres au soleil

OLYMPUS DIGITAL CAMERANe plus entendre les grondements de la bête.

Ne plus sentir la planète qui tremble.

Quitter la route pour un sentier de chèvres…

Là-bas, un peu à l’écart du village, les deux amis ont quitté leur éternité et se racontent des histoires.

Sur les berges dorées de la Volane, l’un se tortille la moustache en sifflant Ouraloup et l’autre ré-ajuste son écharpe de soie blanche, qui glisse…

Tendez bien l’oreille et avec un peu d’imagination, par-delà la chanson du torrent, le vent vous soufflera ce poème dédié à Antraigues…

Mais avant, allumez les cigales, prenez l’accent rocaill..eux de Gascogne, appuyez bien sur chaque syl..la…beu… et laissez vous porter …

NONCHALAN-CES

« Prononce-t-on Antrai-gues, Antraï-gues ?

Faut-il enten-dre entrai-de, entra-illes ?

C’est un village qui tress-aille

Entre la trui-te et le nid d’ai-gle

Le soir venu, ça défourai-lle

Des gueules ta-illées au canif

S’envoient en l’air et se cham-aillent

Sous l’oeil tolérant du shé-rif

Qui tringue à main tes étoi-les

Entre deux nuits, entre deux toi-les

Etoi-le rouge, étoi-le d’or…

Antrai-gues, c’est un château-fort

Ai-le de pierre sur l’Ardè-che

Qui couve l’art…bonsoir la Dè-che… »

Claude Nougaro

3 août 1992.

arc en ciel

 Entre pluie et soleil, le ciel fait son cinéma.

Un arc-en-ciel est le walk of fame des bonheurs qui ont quitté la planète. Il est vain de leur courir après ; l’éphémère est inaccessible.

No solution pensait Opalie.

– « Il y a des forces en marche ; il faut les créer et les solutions suivent » –  Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est lui.

Et si cette force était d’emprunter la route à l’envers ?

Imagine…

Ecarter les couleurs délavées du clap de fin et gravir l’arc-en-ciel vers le générique de début.

Avancer à l’envers, goûter encore les fruits sucrés du chemin parcouru à l’endroit.

En apothéose, refaire éclater les bulles de ce lointain matin nouveau.