Datas in trouble

maintenance

Depuis quelques temps, l’ordinateur cérébral de ma planète a des ratés. Le mécréant n’en fait qu’à sa tête.

Voudrais-je me diriger vers le Sud qu’il me projette vers le Nord. Voudrais-je colorer mes nuits en bleu, qu’il me les restitue grises. Voudrais-je l’oublier un peu, respirer, qu’il se rappelle à ma mémoire vive, instantanément.

Craignant que ses datas ne soient endommagées par un quelconque virus encore inconnu, j’organisai donc un grand formatage de fin de saison.

L’écran noir et un disque dur vierge de toute impureté, je lui fis ingurgiter un programme tout neuf, informatiquement correct.

No spam, no bug. Rien que du bonheur, bleu.

Le premier jour de l’ère nouveau de mon ordinateur cérébral, tout fonctionna merveilleusement bien. La planète en était toute chavirée.

Mais à J + 2, un étrange zigouigoui sembla ralentir le processus. C’était désespérant. Une pluie fine et salée se mit à couler lentement sur l’écran.

Lorsqu’arriva J +3.

La planète trembla, trébucha, éternua dangereusement…La machine infernale informatiquement incorrecte recommençait à jouer les trouble-bonheurs.

La pluie salée ruisselait en cascade, les bugs se succédaient…

Impuissante et fortement agacée, je questionnai la hot-line basée sur la tortue qui porte le monde sur son dos. A mon grand étonnement, « on » m’informa que de minuscules datas endommagées se cachaient encore à l’intérieur de ma mémoire résiduelle.

Aucun anti-virus, aucun anti-malware n’en viendrait à bout, m’assurait-on. C’était sans espoir et sans issue. Mieux valait porter réclamation au Grand Administrateur assis sur son nuage… si toutefois il était disponible !

Comme chaque matin à 7h00, le coq du voisin se mit à chanter. Au radio-réveil, un vieux tube des années 80 me mit de bonne humeur….

vous avez du courrier

discworld

Le sifflement prolongé s’amplifia, suivi d’un clapotement lent et régulier. Le ciel se déchira, les nuages s’écartèrent pour laisser passer la tortue qui porte le monde sur son dos.

La toute petite planète retint son souffle. L’ombre de la tortue grandit jusqu’à recouvrir complètement le désert de sable blond. Puis elle s’immobilisa, à la perpendiculaire du phare-baobab.

Stupéfaite, j’écarquillai les yeux et vis la grande échelle de corde se dérouler jusqu’à mes pieds. Un lézard mordoré entreprit de descendre, prudemment, lentement, serrant dans sa mâchoire un rectangle bleu.

Lorsqu’il fut enfin à terre, deux heures après, il m’interpella :

-« J’ai du courrier pour toi ! »

Plus personne n’écrivait de lettre dans ce monde. Les plumes et le papier étaient reléguées au grand musée de l’humanité. Même les claviers avaient disparu dans l’oubli. Lorsqu’ils se trouvaient éloignés les uns des autres, les hommes communiquaient par transmission de pensées.

Qui pouvait donc écrire encore ? Certes pas quelqu’un d’ordinaire, me dis-je.

Le lézard me tendit l’enveloppe, que j’ouvris fébrilement. Un kilomètre de papier couvert d’une écriture ronde et généreuse, se déversa sur le sol. Les mots dansaient, virevoltaient, m’interpellaient au passage…mais, curieuse et impatiente, je  me dirigeai directement vers le bas de la feuille. Là, je reconnus immédiatement la signature de la longue missive. Une signature éblouissante comme un astre, soulignée d’une clé de sol : Jimmy !

Jimmy était vivant…quelque part sur une autre planète…une planète qui ressemblait à la mienne !

Emue, je ne savais comment agir. Il y avait si longtemps que je n’avais pris ma plume…et le lézard attendait…

La tortue qui porte le monde sur son dos, cligna d’un oeil, puis de l’ autre et réfléchit un long moment.

Enfin, de sa voix caverneuse, elle déclara :

-« Si tu tiens à répondre, fais-le immédiatement.

Ou sinon…

je repasserai dans mille ans ! »