la ville, la pluie, la nuit, le jazz…

Autour de minuit,

Stormy weather sur la ville.

La pluie fait des claquettes

sur le trottoir, les éclairs fusent.

La ville étincelle et ruisselle.

Dansent mes pas sur les  pavés luisants.

La nuit, m’éblouit, sensuelle.

Des bulles de jazz éclatent

et m’éclaboussent.

La java fait la gueule

mais tant pis, moi je ris !

Hep taxi !

La trompette de Miles s’envole.

Roule, roule encore,

plus loin, plus vite, plus fort…

Feu orange, feu rouge,

et flac et floc sur le toit…

La ville étincelle, la ville ruisselle.

Et moi je plane,

What a Wonderful world !

Il n’est pas mort le soleil,

n’est-ce-pas Mr Armstrong ?

Et The best is yet to come,

C’est Stacey Kent qui me l’a dit !

Hey, bonsoir Monsieur Jonaz !

Claque des doigts

à la porte de La boîte de jazz

Dansent mes pas sur les pavés luisants,

La ville étincelle, la ville ruisselle

et Nougaro  fait des flac et des floc et des « oh, oh »…

La pluie fait des claquettes …

Ô Nougaro…

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Elle est belle la ville, la nuit.

Toutes ces étoiles qui brillent en bas me font rêver. Pour un peu, je sauterais. Mais pas fou le chat ! Les chats ne retombent jamais sur leurs pattes, foi de matou.

Je suis un joli chat, n’est-ce pas ? Oui, c’est à vous que je m’adresse ! Vous, parmi les étoiles, les étoiles d’en-bas.

Etes-vous bien installés ? Je vous imagine, dans vos microcosmes aseptisés, tout blancs, façon « Habitat ». L’arrière-train posé sur le cuir tanné d’un fauteuil « Chesterfield », la Flûte enchantée en bande-son… pfff !

Elle est belle la ville, la nuit.

Elle, elle m’a mise à la porte-fenêtre. Je perdais du poil, soit-disant. Elle ne supporte plus que je me love sur son oreiller. Quand j’étais chaton, j’y étais autorisé, je dirais même invité ! Ingrate, elle est…

Me voici en équilibre sur cette rambarde qui crisse sous mes griffes et qui s’ébranle au moindre mouvement…Je n’ose lever une patte, de peur de déclencher un cataclysme. Et j’ai une puce qui me titille l’oreille gauche.

La vie est sans pitié pour les chatons devenus grands. Condamnés à jouer les acrobates pour quelques poils en goguette. Relégués au rang de « sac-à-puces ». Parfois je pense qu’elle aimerait que je saute…mais…

Elle est si belle la ville, la nuit.

…bap pi dou…bap pi dou…

Torpeur

chaud

La ville a chaud, elle transpire. Les rues sont vides , ils sont tous partis. Ils sont partis à la mer, ils sont partis à la campagne ou à la montagne. Et moi, et moi….La ville étouffe. Figée, sa peau craquèle sous les UV indice 30. Ses terrasses s’ennuient. Et moi, et moi…

Le ventilateur est en panne, je fonds. Les plantes et moi avons très soif. L’eau tiède du robinet ne pouvant nous satisfaire, je nous offre un pot de glace à la vanille, seul rescapé dans le réfrigérateur, désert lui aussi. Aussitôt, le philodendron se redresse en soupirant d’aise. J’ignorais que les plantes aimaient la glace à la vanille.

100 m2 de vide, rien que pour moi. Un luxe inouï dans cet univers clos bétonné. Les cadavres des moustiques piégés à l’ultra-son jonchent le sol. Le chat s’est réfugié sur la pochette glacée d’un vieux disque vinyl. Mon Perfecto pendu dans l’entrée, se lamente. Il aspire à l’automne. A la télé, Miss Météo annonce d’un air béat, des températures grimpantes, encore. La télé n’en peut plus, elle en a marre des infos, marre de la météo, marre de ces corps gras dénudés étalés sur les plages. Par pitié, je l’éteins.

Dans un recoin de ma tête, je revisite la fraîcheur verte des alpages, le silence troublé par le sifflement des marmottes. Est-ce possible qu’un tel paradis puisse exister ? Est-ce possible que je l’ai touché du doigt ?

Mon bunker est un tombeau. Alors je m’habillerai en noir. Affronter le dehors, regarder le soleil en face et lui faire un pied-de-nez. Oser lui dire mon courroux, oser lui avouer que j’ai hâte qu’il s’en aille. Oui, c’est ça, provoquer l’été meurtrier.

Le dos dégoulinant, des perles de sueurs sur le nez, je me cale dans le fauteuil metteur en scène de la terrasse du Harley’s. Le givre de mon citron pressé fond et forme une flaque sur la table. Derrière mes lunettes noires, les voitures passent, indifférentes et climatisées. Quelques rares touristes déambulent lourdement, égarés dans cette fournaise inhabituelle. Je regarde leurs jambes. J’adore regarder les jambes qui passent…

C’est étrange tout à coup, ces voitures qui ne roulent plus. Figées dans leur élan, elles stagnent sur le bitume enflammé. Sur les trottoirs, des statues de sel ont pris des positions bizarres. Paralysie totale pour la photo, clang !

Une chanson de Marilyn passe en boucle à l’intérieur du bar. Tiens, pourquoi ne passent-ils plus de blues ?

« – Excusez-moi madame, j’ai terminé mon service, pouvez-vous me régler l’addition s’il-vous-plaît ? »

Combien de temps me suis-je évadée ? Une minute ? Dix secondes ?

Mon verre s’est renversé sur ma robe noire, ça colle.

Poo poo bee doo !