le blues du phare-baobab

Berck beach

Berck plage – photo Didier Caillierez

La terre d’Opale se donne des airs du Sud. Elle est si bleue que c’en est presque indécent.

Ses filles ont les hanches qui ondulent et des fourmis dans les jambes. Un festival de couleurs et de senteurs lui enivre les sens.

Elle a rangé le spleen au placard, déployé un sourire radieux, claque les talons et tape dans ses mains…

Où sont-elles passées les dentelles de brume sur les dunes ? Par quelle magie le vent s’est-il essoufflé ? Et cette bruine qui rend la peau si douce et le regard mouillé….

Le phare-baobab fait la gueule tout seul dans son coin. Il se sent incompris sur cette planète autrefois en demi-teinte.

Le blues lui allait si bien…

lettre à un cambrioleur

Monsieur le cambrioleur,

Comme j’aurais aimé vous appeler "Arsène"; dommage que vous n’en possédiez pas l’élégance.

Point de mot sur le piano…ou à défaut sur l’étagère. Me présenter vos excuses pour le dérangement causé, eût été la moindre des politesses. Ne trouvez-vous pas ?

Franchement, Monsieur, laisser la fenêtre ouverte par ces trombes orageuses, avouez que ce n’est pas très sympathique. La fleur de lune en est encore toute retournée.

Que de désordre pour un si piètre butin ! Que croyiez-vous donc ? Trouver de l’or ? J’en serais presque flattée, mais hélas, ce n’est pas le cas, loin de là.

Et puis, vous auriez pu ôter vos chaussures pour pénétrer dans ma chambre. Il est très désagréable de poser un pied nu sur une boue séchée…ou peut-être même sur autre chose que je n’ose nommer.

Au fait, n’allez donc pas vous ridiculiser en faisant estimer les bijoux qui vous ont plu. Ils n’ont de valeur que sentimentale. Tout comme ce vieil ordinateur prêt à rendre l’âme ; vous n’en tirerez rien du tout. Mais il contient mon coeur. Soyez gentil, ne le brusquez pas. Déposez-le discrètement sur le seuil de ma porte…Je n’y verrai que du feu !

Malgré tous ces désagréments, je dois dire cependant, que vous m’avez arraché un sourire. De ma collection de films, vous n’avez choisi qu’Almodovar. Fin connaisseur ! J’ai apprécié que vous me laissiez "talons aiguilles". A l’occasion je penserai à vous en le visionnant.

Cette dernière précision ne suffit pourtant pas à vous qualifier de gentleman, car j’attends toujours que vous me fassiez porter des fleurs….ne serait-ce que quelques fleurs des champs…

…fleurs des champs…

Bien à vous,

Votre cambriolée.   coquelicots noir et blanc

Maurice

Il était difficile de capter son regard,  perdu dans le vague ou fixé sur l’arrêt d’autobus. Assise en terrasse, un cahier bleu ouvert sur les genoux, elle mâchouillait le bout d’un crayon de bois.

"Tu pousses le bouchon un peu trop loin Maurice" avait-elle écrit. Avec l’humour, tout passe, en principe. Mensonges ou mauvaise foi peu lui importait désormais.

"Un jour, un mois, une année, c’est pareil" – se dit-elle – "Le temps et l’espace n’existent pas, c’est un leurre. C’est Maurice qui a raison. Tourner en rond dans un bocal, ne pas se souvenir, quel pied ! "

Elle le pensa très fort mais ne put se résoudre à l’écrire. Alors elle tourna la page et écrivit : "un jour, un mois, une année, je vous ai beaucoup aimé".

 

 

 

 

 

 

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