boys don’t cry

 Les grandes vacances se terminent. Dans quelques jours ce sera la rentrée en CM2 et je ne pense qu’à ça. Il y a une chance sur deux pour que je me trouve à nouveau dans la classe de Jean-Marie. Je prie chaque soir pour que ce soit le cas.  Une prière toute simple : "Mon Dieu, faites que je le retrouve à la rentrée, et s’il-vous-plait, faites qu’il soit mon ami".

Parce-que je crois en Dieu et aux miracles. Ne m’a-t-il pas exaucé plusieurs fois déjà ? Comme lorsque maman oublie de me taper dessus…

L’année dernière, Jean-Marie ne m’a même pas remarqué. Il n’a pas senti mon regard appuyé sur sa nuque, mon souffle dans ses cheveux.

Pourquoi ne suis-je pas, au moins son ami ? Qu’a-t-il de plus que moi, ce garçon dégingandé qui lui colle aux baskets ?

C’est vrai qu’ils sont beaux tous les deux, ils vont bien ensemble. Ils discutent, ils rient. Moi je n’ose pas. On dit que je suis timide, c’est faux, lui seul me paralyse. Comment lui faire comprendre ?

A la fin de la récré, avant que les autres arrivent, souvent je me glisse dans le couloir où sont accrochés nos manteaux. Discrètement, du bout des doigts j’effleure l’étiquette marquée à son nom : Jean-Marie L.

J’en ignore la raison mais cela me fait chaud au ventre et c’est bon. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est déposer un baiser sur son écharpe et y respirer son odeur.  L’odeur de Jean-Marie, acidulée et légèrement poivrée….

Parfois la nuit, quand je ne peux dormir à force d’imaginer sa peau, je lui avoue mon amour en lui récitant des poèmes de Rimbaud. Ma chienne écoute en me léchant la main. Elle devine mes larmes refoulées.

Personne ne connait mon secret, j’aurais honte si quelqu’un savait. Que penseraient-ils de moi ? Les garçons ne pleurent pas…

Parfois je rêve que quelqu’un m’entende et ne se moque pas….

le blues du phare-baobab

Berck beach

Berck plage – photo Didier Caillierez

La terre d’Opale se donne des airs du Sud. Elle est si bleue que c’en est presque indécent.

Ses filles ont les hanches qui ondulent et des fourmis dans les jambes. Un festival de couleurs et de senteurs lui enivre les sens.

Elle a rangé le spleen au placard, déployé un sourire radieux, claque les talons et tape dans ses mains…

Où sont-elles passées les dentelles de brume sur les dunes ? Par quelle magie le vent s’est-il essoufflé ? Et cette bruine qui rend la peau si douce et le regard mouillé….

Le phare-baobab fait la gueule tout seul dans son coin. Il se sent incompris sur cette planète autrefois en demi-teinte.

Le blues lui allait si bien…

lettre à un cambrioleur

Monsieur le cambrioleur,

Comme j’aurais aimé vous appeler "Arsène"; dommage que vous n’en possédiez pas l’élégance.

Point de mot sur le piano…ou à défaut sur l’étagère. Me présenter vos excuses pour le dérangement causé, eût été la moindre des politesses. Ne trouvez-vous pas ?

Franchement, Monsieur, laisser la fenêtre ouverte par ces trombes orageuses, avouez que ce n’est pas très sympathique. La fleur de lune en est encore toute retournée.

Que de désordre pour un si piètre butin ! Que croyiez-vous donc ? Trouver de l’or ? J’en serais presque flattée, mais hélas, ce n’est pas le cas, loin de là.

Et puis, vous auriez pu ôter vos chaussures pour pénétrer dans ma chambre. Il est très désagréable de poser un pied nu sur une boue séchée…ou peut-être même sur autre chose que je n’ose nommer.

Au fait, n’allez donc pas vous ridiculiser en faisant estimer les bijoux qui vous ont plu. Ils n’ont de valeur que sentimentale. Tout comme ce vieil ordinateur prêt à rendre l’âme ; vous n’en tirerez rien du tout. Mais il contient mon coeur. Soyez gentil, ne le brusquez pas. Déposez-le discrètement sur le seuil de ma porte…Je n’y verrai que du feu !

Malgré tous ces désagréments, je dois dire cependant, que vous m’avez arraché un sourire. De ma collection de films, vous n’avez choisi qu’Almodovar. Fin connaisseur ! J’ai apprécié que vous me laissiez "talons aiguilles". A l’occasion je penserai à vous en le visionnant.

Cette dernière précision ne suffit pourtant pas à vous qualifier de gentleman, car j’attends toujours que vous me fassiez porter des fleurs….ne serait-ce que quelques fleurs des champs…

…fleurs des champs…

Bien à vous,

Votre cambriolée.   coquelicots noir et blanc

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