un violon pour une fée

« Le premier homme qui fit un instrument de musique et qui donna à cet art ses règles et ses lois, avait écouté, longtemps auparavant, murmurer les roseaux et chanter les fauvettes. »

- Alfred de Musset -

Sur ma planète, il y a des petites fées, vous l’aviez sans doute remarqué. L’une d’entre elles, l’autre jour, nous a annoncé : « je veux jouer du violon ! » Quelle belle intention ! …

Sauf que… en grande personnes bien conditionnées, nous nous empressâmes de modérer son enthousiasme.

Il faut vous dire que les yeux de cette petite fée sont indisciplinés, très indisciplinés.

Les notes de musique, pour elle,  sont des oiseaux noirs sur des fils électriques. Des fils qui dansent sans cesse, des oiseaux qui bougent, discutent, s’ébrouent…

Comment les faire se tenir tranquilles le temps d’accorder les sons d’un violon et d’en délivrer l’émotion ?

Je restai songeuse un long moment. Il me semblait inconcevable de priver une petite fée d’un tel enchantement que de jouer d’un instrument.

Puis j’ai réfléchi à la citation de Monsieur de Musset…

J’ignore si les roseaux ont une âme. Mais ce dont je suis certaine, c’est que les fauvettes ne savent pas lire une partition.

Et autrefois, au pays des loups, j’ai même connu un cricket qui jouait du violon. Chaque soir il se posait sur le bord de la cheminée et nous ravissait de sa musique. Je n’ai jamais remarqué qu’il possédât un pupitre…

Alors le sourire me revint…

 

dis au fennec

Mon cher Tonio,

Cette lettre, je n’aurais jamais voulu te l’envoyer.  Tu sais combien je tenais à venir te voir ; il y a bien longtemps que je t’en ai fait la promesse. Les mois ont passé et pas un seul jour je n’ai cessé de penser à toi et au fennec.

Aujourd’hui c’est trop tard et je n’irai pas à Cap Juby, c’est un fait.

De toutes mes forces j’avais rêvé rejoindre ta haute silhouette au bout de la piste d’aviation. Entendre ton rire moqueur à la vue de mon accoutrement de baroudeuse. Marcher avec toi jusqu’à l’océan, t’écouter me parler de ce temps jadis, quand tu côtoyais les étoiles. Puis gravir la dune et savourer le silence en égrenant le sable dans nos doigts.

Mais le sable est rougi du sang des insoumis et le silence se trouble de leurs cris. L’ombre de la bête s’étend chaque jour un peu plus sur les déserts qui tremblent.

Ils sont devenus fous, tu sais.  On dit même que des enfants de France le sont devenus aussi. Ceux-là ont tout oublié du petit prince. Alors j’ai honte. J’ai honte et j’ai peur, Tonio. 

Ne m’en veux pas, je t’en prie, mais je ne viendrai pas à Cap Juby.

Prends bien soin du fennec et dis-lui que je regrette de ne pas l’avoir rencontré.

fennec 2

belle….

Le hasard fit que je me trouvai assise face à elle, en terrasse de ce café du port. C’était encore l’été en ce mois d’octobre déjanté. Elle portait une robe en coton noir dont le décolleté baillait un peu trop sur l’éclat satiné d’un morceau de peau.

Je ne sais la raison pour laquelle je ne pus détacher mon regard. Peut-être à cause de la lenteur de ses gestes, peut-être à cause de sa triste rêverie. Ou simplement parce-qu’elle commanda un verre de vin rosé.

Elle ne me voyait pas, d’ailleurs elle ne voyait personne. J’aurais voulu m’assoir à sa table, la toucher du bout des doigts, la dessiner. J’imaginai mon trait de crayon ourlant précisément la courbe de ses lèvres, la ligne pure de son nez aquilin, l’arc de ses paupières à demi-closes. Puis de mon fusain, noircir fiévreusement le désordre de sa longue chevelure.

Un rayon de soleil bas la fit se protéger le visage d’une main. Je sentis son agacement soudain et tremblai déjà qu’elle s’en aille. C’est alors que j’eus l’audace de lui sourire et à cet instant, son téléphone bipa. Elle s’empressa de lire le message.

Elle reposa l’appareil et scruta intensément la bâche bleue qui abritait la terrasse du café. Les nouvelles n’étaient pas bonnes, assurément.

Etait-ce un homme qui lui faisait mouiller les yeux ? Ou était-ce une femme ?

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